En cette période de crise, GoMyCode a décidé d’aller à la rencontre de plusieurs acteurs de l’écosystème entrepreneurial en général et des startups en particulier, afin d’échanger avec eux des différents impacts qu’aura le Covid-19 sur l’économie, les finances, le social, la digitalisation ou encore l’administration.

Pour le première épisode de cette série d’interviews, GoMyCode a échangé avec Hichem Ben Fadhl, expert en blockchain et nouvelles technologies et fondateur d’Ajyal Capital, prix de la meilleure startup africaine en technologie blockchain pour sa plateforme startup-fund.tn à l’Africa Blockchain Summit 2019.

GoMyCode: L’administration tunisienne a réussi à digitaliser certains de ses services plus rapidement en 3 semaines qu’au cours des 10 dernières années. Est-ce que cela est suffisant? Est-ce seulement conjoncturel en réaction au covid-19 ou y voyez vous la mise en place d’une véritable stratégie sur le long terme ? 

Hichem Ben Fadhl: Effectivement, cette crise aura permis de constater que le pays est relativement en retard sur la digitalisation et malgré des stratégies et des programmes mis en place depuis des années, le résultat est en deçà des attentes.

Nous pensons que cette crise va permettre d’avancer rapidement et de mettre en place des plateformes pour répondre aux besoins tels que les demandes d’autorisations, la distribution des aides sociales financières, la livraison de produits et services, le suivi des contaminés etc.

Pour l’instant au delà de stratégies, il y a déjà beaucoup à faire et notamment la nécessité de répondre aux besoins urgents de manière inclusive et pérenne.

Hichem Ben Fadhl, expert en blockchain et nouvelles technologies et fondateur d’Ajay Capital

Le secteur privé continue d’offrir des solutions rapides aux problèmes quotidiens liés au confinement. Est-il, selon vous, en train de prendre le pas sur l’Etat en matière de réponses économiques et sociales adaptées à cette crise? 

Les organes de l’État considèrent souvent le privé comme un fournisseur et non comme un partenaire qui peut aider à répondre aux besoins urgents dans l’intérêt général. 

Espérons que cette crise fasse en sorte que les organes de l’État puissent travailler avec le privé comme un partenaire avec des modèles économiques dans l’intérêt général sans obligatoirement être à but lucratif. En temps de crise, il est nécessaire de dépasser les clivages et ne suivre que le bien public.

Vous avez récemment évoqué le principe de l’Helicopter Money et la création d’une monnaie digitale émise par la Banque centrale. Quels en sont les grandes lignes et que manque-t-il aujourd’hui pour que l’État les mettent en place? 

Aujourd’hui et comme souvent, la technologie n’est pas une finalité ou une obligation, toutefois les innovations technologiques permettent de mettre en place des politiques publiques innovantes qui n’étaient pas possibles il y a juste quelques années.

Pour mettre en place des politiques publiques, l’essentiel est dans la gouvernance et la prise de décision. Si les institutions publiques décidaient que le pays pouvait utiliser l’innovation pour répondre à la crise, ça permettrait de mettre en place ces solutions.

L’Helicopter Money est le fait de donner directement de l’argent aux consommateurs, sans passer par le crédit bancaire via une monnaie digitale créée par la Banque centrale. Le concept est attribué à l’économiste Milton Friedman.

Selon plusieurs experts, l’économie telle que nous la connaissons sera quasi-exclusivement digitale dans le monde post-coronavirus. Partagez-vous cet avis? Comment voyez-vous la place qu’occupera la Tunisie dans le concert des Nations de ce point de vue? 

Effectivement, le digital deviendra beaucoup plus présent dans nos vies, beaucoup de choses qui étaient impensables il y a quelques semaines ont été adoptées par la population tunisienne beaucoup plus rapidement que la plupart ne s’y attendaient, par exemple, les réunions à distance, le télétravail, l’enseignement en ligne, la digitalisation de certains services publics etc.

La Tunisie sera à l’avant garde des pays qui adopteront le mieux la technologie digitale si et seulement si nos gouvernants le décident rapidement. Nous avons quelques semaines pour gagner une décennie ou perdre une décennie, tout dépend des décisions du gouvernement comme par exemple: allons-nous distribuer les subventions de crise aux couches sociales les plus démunies en leur faisant faire la queue devant les bureaux de poste ou en utilisant le paiement mobile…? Je reste optimiste.

Un appel à faire au gouvernement?

En ces temps de crise de COVID19, le gouvernement a décidé plusieurs mesures financières pour soutenir les citoyens et les entreprises. Vue la situation d’urgence, les solutions qui vont être retenues pour opérationnaliser ces mesures vont permettre de lever plusieurs contraintes, en effet par la force des choses, dans le cadre réglementaire en vigueur, l’utilisation de décrets lois sera nécessaire.
Toutefois les solutions qui seront retenues, vu l’adoption par plusieurs millions de personnes deviendront probablement les solutions pérennes et le standard dans le pays.

Il est donc nécessaire de mettre en place des solutions inclusives qui intègrent un maximum d’acteurs de l’écosystème Digital en Tunisie.

J’appelle le gouvernement à faire confiance aux centaines de startups, labellisées ou pas, en les faisant travailler en partenariat avec les banques, la poste, les opérateurs télécom, les administrations… .

Les startups sont notre avenir, alors faisons leur confiance.

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