Si depuis l’apparition du Coronavirus et du confinement, l’administration Tunisienne entame -enfin- le processus de digitalisation de ses services, le secteur privé, lui, déjà bien préparé, connait un boom de ses activités, principalement dans la Foodtech et le e-commerce.

En effet, face à la peur générée par le virus et les contraintes liées aux longues files d’attente dans les supermarchés, nous voyons depuis plusieurs semaines un boom des sites de vente et de livraison de produits alimentaires en ligne.

Founa Shop, FarmtTrust, le marché.tn, Jumia market, Attar Online… sont autant de sites proposant de faire ses courses directement en ligne. Le succès aidant, la plupart de ses sites se retrouvent aujourd’hui saturés par les commandes, incapables de livrer avant une dizaine de jours.

Cette saturation pousse elle d’autres acteurs, que le confinement était supposé impacter, prendre les choses en main. En effet, les Transport Tech se sont adaptés et sont venus donner un coup de main aux citoyens en proposant de faire et de leur livrer leurs courses. C’est le cas par exemple d’Intigo, d’OTO ou encore d’e-taxi.

Mieux encore, aujourd’hui, les producteurs eux-mêmes proposent directement la livraison à domicile, à l’instar du fromager Meriah, de Seniatna ou Agritable (qui regroupent de petits producteur locaux), ou encore des surgelés Fino.

Si cet écosystème connaissait une croissance modérée avant le Coronavirus, aujourd’hui, il apparait comme un maillon essentiel dans la vie de certains citoyens et connait des gains exponentiels.

“Il faut être honnête. Cela a été un gros boost pour notre chiffre d’affaires. Au départ du virus, nous avions pensé à fermer la boutique puisque nous ne livrions que les supermarchés qui eux devaient fermer. Ensuite, lorsque l’on a vu sur les réseaux sociaux que la demande existait, on a relancé la production et on a ajouté le service de livraison à domicile au profit des particuliers. Aujourd’hui, ces derniers représentent 80% de nos recettes alors que jusqu’à février, c’était les supermarchés” affirme à GoMyCode, le CEO de l’une de ces FoodTech qui a augmenté sa production de 70% et ses recettes de plus de 50%.

“La Foodtech et le e-commerce offrent une certaine opportunité en ces temps de crise: Ils permettent aux citoyens de continuer à avoir leurs produits sans mettre en péril leur santé et permet au secteur de continuer à vivre” assure-t-il, même s’il reconnait être “plus chanceux” que d’autres acteurs qui se retrouvent aujourd’hui plus embarrassés.

“Tous n’avons pas de camions réfrigérés ou de moyens de livraison. Tous ne peuvent pas non plus assurer leur production puisqu’ils dépendent de la main d’oeuvre…mais globalement, les sociétés qui avaient déjà commencé à se digitaliser et à offrir des services en ligne sont en quelques sortes aujourd’hui gratifiés pour leurs efforts et voient leur activité augmenter” assure-t-il.

Quand la Tech permet le retour à la proximité

Ce que l’on observe depuis le début du confinement, c’est le retour de l’alimentation de proximité via la tech. Les plus jeunes principalement ne prennent pas le risque de sortir pour aller chez le supermarché du coin, ils commandent en ligne. Et avec la saturation des grands sites de commerce électronique, ce sont les petits producteurs qui aujourd’hui se retrouvent au devant de la scène.

C’est ainsi que plusieurs agriculteurs livrent désormais directement des paniers de fruits et légumes, mais également différentes sortes de fromage ou même du poulet fermier.

“C’est en quelque sorte un retour au terroir. Au départ, nous n’étions pas destinés à livrer à domicile. Mais nous avons eu énormément de demandes sur les réseaux sociaux. Du coup, j’ai demandé une autorisation du ministère pour pouvoir livrer 3 fois par semaines sur le Grand Tunis” assure cet agriculteur spécialisé dans les salades. Et pour répondre aux demandes de ses clients, il n’a pas hésité à contacter les autres agriculteurs pour livrer leurs produits: “Nous vendons nos produits au marché de gros. Je laisse une partie destinée à la vente en ligne. Quand j’en ai parlé à d’autres agriculteurs, ils ont apprécié l’idée”.

Au bout du compte, c’est toute une économie qui se met en place en circuit court: “Avant il existait tout un circuit fastidieux fait d’intermédiaires et de bureaucratie pour que le produit arrive chez le consommateur. Aujourd’hui, cette crise a permis de réduire les circuits et donc les intermédiaires, de permettre une digitalisation plus rapide et de faire gagner au consommateur sa santé, du temps et de l’argent” conclut-il.

Une tendance mondiale

S’il n’existe pas encore des chiffres sur l’ensemble du secteur, l’exemple de Founa Shop peut cependant représenter ce qui se passe actuellement en ligne. Entre le 07 et le 17 mars, le site tunisien Founa Shop a vu ses demandes de livraison multiplier par 4. “Nous nous étions dimensionnés pour faire face à une croissance supplémentaire de 100 %. Mais là, nous parlons d’une multiplication par quatre et ça devrait continuer à augmenter dans les semaines à venir. Ça impacte forcément nos livraisons”, explique Karim Skik, directeur général de Founa.com, qui refuse de révéler le nombres de commandes réalisées, à Jeune Afrique.

Cette tendance est visible dans la plupart des pays. Le géant américain du E-commerce Amazon connait lui aussi une croissance exponentielle de telle sorte qu’au 20 mars dernier, la société cherchait 100 000 employés à temps plein et partiel dans le monde, alors qu’elle employait déjà 800 000 personnes, et ce pour pouvoir répondre aux demandes de ses clients.

En France, dans la semaine du 16 au 22 mars, les ventes dans le e-commerce alimentaire ont atteint un niveau historique, avec près de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, une tendance identique à celle d’autres pays européens analyse le cabinet d’études Nielsen qui assure que “la croissance de la livraison à domicile réalisée par les distributeurs généralistes atteint 45% sur le premier trimestre 2020, contre 24% en 2019”.

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