Depuis plusieurs mois -avant l’apparition du Coronavirus, et en pleine primaire des élections américaines- un terme revient avec insistance du côté des Etats-Unis: Civic Tech.

Ce concept rattaché vulgairement au demandes de votes à distance lors de ces primaires est en réalité bien plus large et complexe, tant certains la voient comme utopique alors que d’autres en font une réalité.

Nous devons la notion de Civic Tech à l’entrepreneur irlandais Tom O’Reiley, qui dès 2009, a appelé son gouvernement à mettre en place une plate-forme interopérable et extensible pour sur laquelle n’importe qui peut construire des services qui augmentent la transparence, l’efficacité et la participation citoyenne.

La Civic Tech n’a, à vrai dire, pas de définition précise sur laquelle il existe une unanimité. Dans son sens large, celle-ci se définit comme l’usage de la technologie pour renforcer le fonctionnement démocratique.

Parmi les ONG qui ont le plus travaillé sur ce concept, l’on retrouve la Fondation Knight qui a élaboré dès 2013 un rapport complet à ce sujet.

Celle-ci distingue 2 types de “Civic Tech”: Celle destinée à la participation citoyenne et celle destinée l’ouverture et la transparence des gouvernements.

Parmi les “Civic Tech” en matière de participation citoyenne, il y a le financement participatif, le partage de données entre citoyens, le développement de réseaux citoyens et leur engagement.

Concernant les “Civic Tech” en matière d’ouverture et de transparence gouvernementale, l’on retrouve: l’Opendata, la démocratisation technologique du vote, l’utilisation et l’exploitation des données publiques et à un degré très avancé, la co-création des lois.

Selon la Fondation Knight, les “Civic Tech” représentent un nouveau marché juteux puisque de plus en plus de gouvernements s’y engouffrent. Ainsi, celui-ci représentait en 2015, 6,4 milliards de dollars des dépenses gouvernementales dédiés aux technologies de l’information, soit près de 24% .

Un problème de définition

Le grand problème du terme “Civic Tech” est qu’il n’a pas de définition précise, de telle sorte que certaines études à ce sujet mettent Uber, par exemple, comme un acteur de la “Civic Tech”, rendant ainsi les statistiques sur le sujet approximatives.

Cependant certaines personnes ont essayé de définir plus précisément ce concept comme Stacy Donohue qui est investisseur en Civic Tech à Omidyar Network. Pour le site TechCrunch, elle définit la Civic Tech comme: “toute technologie utilisée pour autonomiser les citoyens ou aider à rendre le gouvernement plus accessible, efficace et efficient”.

La Fondation Knight elle, y voit, 4 axes intimement liés: la technologie, l’innovation, un gouvernement ouvert et l’engagement du citoyen.

“The Emergence of Civic Tech”, Knight Foundation, 2013

Quels objectifs pour les Civic Tech?

De nombreux enjeux entourent ainsi ces Civic Tech et principalement dans la sphère politique. En effet, face à un désaveu de plus en plus frappant vis-à-vis de la classe politique et une confiance qui se dégrade au fil des années, ces technologies civiques viennent essayer de reconstruire un lien entre monde politique et citoyen, en équilibrant un peu plus la prise de décision.

Ainsi, dans les années à venir, l’on pourrait voir les décisions publiques élargies à un nombre massif de participants et de citoyens, qui appréhenderaient mieux les questions publiques grâce aux données ouvertes et à la transparence et qui pourraient même venir co-construire les décisions publiques qui les intéressent en devenant forces de proposition.

Selon la Knight Foundation, la Civic Tech permettra ainsi à la démocratie participative de connaitre un nouveau souffle et de remettre en place une organisation et des moyens adaptés à des administrations étatiques dépassées.

Le “local”, la boîte a essaye des Civic Tech

Plusieurs initiatives de Civic Tech ont été lancée par les autorités étatiques dans différents pays du monde. Mais là où les résultats sont les plus “productifs”, c’est surtout au niveau local comme l’explique Stacy Donohue.

L’exemple de l’Etat de New-York aux Etats-Unis est d’ailleurs le plus édifiant en la matière. L’Etat a décidé a décidé d’exploiter par exemple la technologie de localisation pour faire du site ny.gov un outil très pertinent pour les citoyens, fournissant des informations géo-ciblées en temps réel sur tout, de la fermeture des routes aux offres d’emplois ouvertes en passant par les horaires des bibliothèques.

Au niveau de la ville, New York s’est associée au secteur privé pour transformer les près de 10000 taxiphones de la ville en points d’accès Wi-Fi dans le but de construire le système Wi-Fi municipal gratuit le plus rapide au monde.

En Tunisie, de telles initiatives basées sur la Civic Tech ont déjà vu le jour et ce depuis plusieurs années. Le plus abouti est sans nul doute le projet Mesh Sayada, dès 2014. Ce projet a fait de Sayada la première ville tunisienne à se doter d’un réseau communautaire sans fil (WIFI) local gratuit pour tous, et qui permet aux habitants de se connecter à un serveur local hébergeant des services libres d’accès aux quelques 14000 habitants de cette ville côtière.

Les startups, avenir de la Civil Tech?

Et oui, si dans la plupart des pays européens ou aux Etats-Unis, la Civil Tech est déjà bien présente, elle le doit principalement aux Startups, comme SealmessDocs, Loomio ou encore Change.org dont les modèles économiques aujourd’hui sont des réussites.

Si en Tunisie, le modèle n’est pas encore développé, les initiatives de la sorte étant souvent locales ou citoyennes, cela sera probablement amené à croitre dans les années à venir.

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